La grande geste du Mali - des origines à la fondation de l'Empire*
C'est l'histoire d'une rencontre avec un homme sage et cultivé, l'Histoire d'un peuple, le récit d'une civilisation.
C'est le fruit de l'amitié qu'un nyamakala;, un " homme de caste ", mieux, un hâra, c'est-à-dire un " traditionaliste " de talent, a nourrie à l'endroit d'un chercheur qu'il a rencontré par hasard sur le chemin à Krima, son village natal. Cet homme de tradition, c'était Wâ Kamissoko, dit Wâ Djan, " Wâ le Grand ", mort prématurément en 1976, à l'âge de cinquante-sept ans. Il avait la passion du pays mandingue, de son histoire, de sa culture, de ses institutions et de ses héros.
Wâ Kamissoko fit en 1972 la connaissance de Jean Rouch, à l'occasion des cérémonies soixantenaires du Sigui à Nyamè et Wolowlo, qui témoigna en ces termes de l'impression qu'il lui fit : " Quand j'ai, pour la première fois, rencontré Wâ avec Germaine Dieterlen, qui m'avait beaucoup parlé de lui, il m'est apparu comme un extraordinaire : il était le premier tarditionaliste - que je rencontrais - qui, avec un aplomb considérable, déclarait : "ceci s'est passé il y a 1 256 ans, 4 mois et 3 jours"... Au début, j'ai pensé que c'était là "fioriture de griot"; mais, très rapidement, je me suis aperçu qu'il avait réellement cette connaissance précise, et ceci grâce à un entraînement particulier de la mémoire, et une initiation aux différents systèmes de comput du temps qu'utilisent les griots de Krina. "
La grande geste du Mali - des origines à la fondation de l'Empire est l'aboutissement de cette longue enquête orale de Youssouf Tata Cissé auprès de Wâ Kamissoko. Il nous apporte des données inestimables sur les fondements et les structures administratives de l'Empire du Mali, l'esclavage en Afrique de l'Ouest au XIIe s., les petites royautés qui se déchiraient alors le pays mandingue, les conquêtes de Soundjata et l'abolition par ce dernier de l'esclavage et de la traite.
Quelques pistes explorées par Wâ Djan :
- Des récits mythiques - ces récits apportent des données précieuses sur les civilisations mandingues en même temps qu'ils révèlent les liens indiscutables entre celles-ci et les civilisations de l'Egypte anciennes. Ils ont trait aux animaux, divinités tutélaires et objets culturels et usuels :
Mali âdjo ou Sâdjè, l'hippopotame au front blanc, incarnation du mystère du ciel, dont le culte a été, jusqu'au début du siècle, à l'honneur dans l'ouest du Mali.
Douga, le vautour, ou dougamassa, le vautour divin, sacré, qui est chanté tant par les prêtres que par les chasseurs et par les griots.
Wagadou Sa ba, " le grand serpent (tutélaire) du Wagadou ", dispensateur de prospérité : on lui attribue l'origine de l'or du Wagadou et du Manden
N'Gaban, le scarabée noir, au symbolisme multiple : il représente la couleur divine par excellence, et posséderait l'influx magique qui frappe sans rémission...
- Des récits légendaires :
L'origine des Massalens- Keïta, fondateur de l'empire du Mali
L'enfance et l'exil de Soundjata
Les origines de l'empire du Mali
Les fondements de l'empire...
- Des chants louangeux...
__________________
*
Youssouf Tata CISSE, Wa KAMASSOKO (Y. T. Cissé est sociologue, chercheur CNRS - La grande geste du Mali, Paris, Editions Karthala - ARSAN, 1988, 426 p.)