Annuler la dette n'est pas la panacée, juge Wangari Maathai

SYRTE, Libye (Reuters), mercredi 6 juillet 2005, 7h46 - L'annulation de la dette africaine, l'augmentation de l'aide au développement et l'ouverture des marchés occidentaux ne sont qu'une première étape pour sortir l'Afrique de la pauvreté, estime Wangari Maathai, prix Nobel de la Paix en 2004.

"Annuler la dette n'est pas la panacée (...) Nous devons continuer à éliminer les obstacles et les causes de la pauvreté en revenant à leurs racines", a déclaré à Reuters cette universitaire kenyane de 65 ans, récompensée pour son combat contre la déforestation.

La fondatrice du "Mouvement de la ceinture verte", organisation principalement féminine qui a planté 30 millions d'arbres en Afrique, a insisté sur la nécessité de lutter contre la corruption et de promouvoir une meilleure éducation pour tous.

"Il est très important que les gens comprennent qu'ils doivent s'impliquer activement dans la manière dont ils sont gouvernés et qu'ils ne doivent pas se contenter de suivre (les dirigeants)", a-t-elle poursuivi en marge du sommet panafricain de Syrte (Libye).

"La gouvernance est une pièce très très importante du puzzle et elle s'est améliorée en Afrique. Nous avançons dans la bonne direction", s'est-elle réjouie.

"JUSTE PRIX" POUR LES RESSOURCES AFRICAINES

Cette militante écologiste connue pour son franc-parler a salué les concerts organisés samedi dernier dans le cadre du G8, mais s'est demandée si les foules occidentales étaient conscientes des sommes africaines entreposées dans les banques du Nord.

"Il n'y a pas de raison que nous ne puissions pas élever notre conscience morale à un niveau où nous jugerons inacceptable qu'un dictateur africain vole de l'argent à son peuple et le porte dans un pays tel que la Grande-Bretagne où il sera protégé", a-t-elle déclaré.

A la veille de l'ouverture du sommet du G8 à Gleneagles (Ecosse), Maathai a également critiqué des règles commerciales jugées inéquitables pour les productions locales africaines, notamment dans le domaine agricole.

"Beaucoup de ressources extraites d'Afrique ne sont pas payées par les Etats européens à un juste prix, par exemple le bois de charpente congolais", a-t-elle estimé.

La lauréate du prix Nobel a enfin appelé les dirigeants des pays riches à annuler totalement les 230 milliards de dollars de dette des Etats africains, jugeant que l'Afrique avait amplement remboursé les sommes initialement empruntées.

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